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La lanterne

Photo du rédacteur: Sophie Charbit Gabrielle
Sophie Charbit Gabrielle
il y a 7 jours
3 min de lecture

4h du matin. Fraîcheur. Dans cette nuit d'août silencieuse, nuit noire étoilée, à la lumière de la lanterne solaire, tous les stratagèmes sont bons pour être dans une atmosphère inhabituelle d'écriture, des conditions inspirantes, de celles qui appellent de nouvelles sensations à décrire, à explorer... une souris gratte dans le placard. Le ronronnement du frigidaire épouse le chant pâle de quelques grillons. Une tasse de café noir brûlant sur la toile cirée, c'est parti pour quelques pages de dialogue avec le silence. Ce silence qui lui seul, laisse émerger le chant du tréfonds, la danse des profondeurs, le flot de l'intérieur. Le silence qui enveloppe le secret. Dans cette grotte à l'abri des regards alors que les hommes se battent et se débattent. Dans ce silence il m'arrive de me sentir gardienne, gardienne du feu, vestale, lorsque la magie des mots me laisse entrer dans son royaume et m'ouvre ses bras féconds...

Le coq se réveille. Un papillon sautille sur ma page blanche. Il tourne autour de la lanterne, fatigué. Vit-il ses dernières minutes? Le frigidaire s'est assoupi, je n'entends que le frottement de la mine du stylo bic sur la feuille quadrillée du cahier à spirales vert. Retournerai-je me coucher une fois ces quelques pages remplies ? Dormir encore quelques heures. Après tout c'est le week-end, pas de concert, pas de rendez-vous, je pourrais en profiter pour faire la grâce matinée.

Le coq s'est tu. Me voilà seule au monde dans un silence entier, total, immense. Le papillon s'est évanoui dans la lanterne.

Qu'y a-t-il d'autre? Qu'y a-t-il d'autre dans cette nuit étoilée du 22 août ? Quelles promesses la nouvelle aube va-t-elle révéler? Promesse, espoir, j'en reviens de la magie de ces mots.

L'espoir est la promesse de jours meilleurs mais cet espoir ne nous prive-t-il pas de vivre le réel avec intensité? Peut-être que l'espoir nous amène à dénigrer le présent. Si je me dis que demain çà ira mieux, je me satisfais d'un présent plus ou moins acceptable. je peux même m'installer l'air de rien dans la velléité. Il me parait bien plus stimulant de m'installer dans l'exploration permanente du présent. Certes, c'est plus rude, plus cru mais c'est une invitation à creuser le réel et puis, qui suis-je pour présager du lendemain? Les êtres champions de l'anticipation et de la prévoyance m'épatent. Peut-être est-ce parce qu'à plusieurs reprises, j'ai vécu des évènements qui, en une fraction de seconde ont fait basculer le cours de mon existence. Je les ai vécus sur le moment comme des drames mais ils ont été à posteriori des opportunités d'émancipation, de renaissance, de reprogrammation sur une nouvelle fréquence. L'opportunité de saisir la multiplicité qui je suis sûre, nous constitue toutes et tous. Des êtres multiples. Je me sens multiple. J'ai posé mes valises ici et je me réjouis de ce paradis mais mes racines et ma cime s'abreuvent au delà. Mon corps parfois ressent la douleur de l'exil. Souvent même. Sentiments mêlés. Je fréquente aussi les affres de l'errance. Heureusement, l'Amour a jusqu'ici su me repêcher avant la noyade et j'ai pu de nouveau apprivoiser la multitude flanquée d'une peau nouvelle.

Métamorphose.

Mon corps, mon esprit, mes sensations, mon souffle, ma conscience, ma présence, tout est physiquement et subtilement en mouvement, en mutation. Parfois je résiste, parfois je m'abandonne. J'oscille oui j'oscille. L'essentiel est de demeurer sincère car le temps des voiles est révolu. Et même si parfois la lumière m'aveugle, mes yeux chaque jour un peu plus, apprennent à regarder. J'avance sur le fil en équilibre, les bras posés sur l'air. Je sais que je ne sais rien. Je rends grâce à la multitude qui me constitue, cette multitude qui me donne le vertige, m'éblouit, me plonge aussi dans l'inconfort. Cette multitude, source d'émancipation et de libération.

6h. Le jour pousse la nuit. Le coq s'égosille par salves de plus en plus rapprochées. Encore quelques lignes pour finir la page. Me relirai-je ou fermerai-je ce cahier jusqu'à demain matin ? Vais-je retourner me coucher ?

Dans le ciel bleu glacé de l'aube scintillent encore quelques étoiles.

J'éteins la lanterne solaire.

Le papillon a disparu...

@Sophie Charbit 22/08/2026

@La lanterne
@La lanterne

 
 
 

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